19/07/2009 - 17:00
Le cador, c'est Contador !
Reuters
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Le film de l'étape
Après deux semaines d'observation, le Tour de France a basculé, peut-être pour de bon, lors de la 15e étape dimanche. Impérial, Alberto Contador s'est imposé en solitaire au sommet de Verbier, reléguant Andy Schleck à 43 secondes. Il endosse le maillot jaune. Lance Armstrong a affiché ses limites.
Il a fallu attendre deux semaines. Une interminable attente pour voir enfin les favoris de ce Tour de France se déclarer la guerre sur la route, après une frustrante paix armée dans les Pyrénées et les Vosges. Comme prévu, avec l'entrée dans les Alpes, le Tour a bien changé de dimension. Et les réponses aux questions soulevées depuis le départ de Monaco ont trouvé, pour la plupart, une réponse on ne peut plus nette. La plus importante d'entres elles a été apportée par Alberto Contador. Vainqueur en solitaire à Verbier en réduisant la concurrence à la figuration, l'Espagnol a prouvé qu'il n'avait pas de rival en haute montagne. Le message est cinglant. Au point que cette réponse appelle à son tour une question: le Tour est-il fini?
On peut légitimement se le demander, car si la prise de pouvoir du Castillan n'a surpris personne, l'ampleur des écarts creusés par le vainqueur 2007 en moins de sept kilomètres, sur une pente certes sélective mais loin d'être monstrueuse, place Contador dans la peau d'un archi-favori de ce Tour 2009. Sa banderille à Arcalis, il a huit jours, bien au-delà des 20 secondes grappillées à cette occasion, avait eu valeur d'avertissement. Mais cette fois, le leader d'Astana n'a pas attendu les deux derniers kilomètres pour lancer l'offensive. A 6,5 kilomètres du sommet, alors qu'ils n'étaient déjà plus qu'une poignée autour de lui, il a suffi d'une attaque, une seule, pour permettre à Contador de s'envoler. Le Tour venait de basculer. Andy Schleck a tenté de sauter dans la roue de l'Espagnol. En vain.
Armstrong baisse la tête
Comme prévu, ce premier acte alpin, plus qu'une grande étape de montage, s'est donc résumée à une course de côte, sur les huit kilomètres de l'ascension finale. Au pied de celle-ci, l'échappée du jour ne comptait déjà plus qu'une poignée de secondes d'avance sur le peloton des favoris. Un groupe à l'allure plutôt fière, d'ailleurs, avec Mikel Astarloza, qui fut longtemps maillot jaune virtuel, intéressé par le général. David Moncoutié, lorgnant davantage sur la victoire d'étape. Ou des coéquipiers de leaders, comme Fabian Cancellara (pour les frères Schleck) ou Jurgen Van den Broeck (pour Cadel Evans). Mais une fois à Verbier, les ambitions des uns et les tactiques des autres n'avaient plus cours. Cette fois, c'était l'heure de la grande explication. Les Saxo Bank, pied au plancher, ont préparé le terrain. Et à moins de sept kilomètres de l'arrivée, les duettistes Andy et Frank Schleck se trouvaient en compagnie d'un autre tandem, celui d'Astana, avec Contador et Lance Armstrong, l'étonnant Bradley Wiggins et Cadel Evans. Il était encore temps de se demander qui était le plus fort. 300 mètres plus loin, la question ne se posait plus.
Une fois lancée dans sa folle cavalcade, Contador n'a pas tardé à creuser des écarts conséquents. Seul Andy Schleck, lui aussi en solo, a réussi à limiter les pertes. Sur la ligne d'arrivée, le jeune Luxembourgeois accusait 43 secondes de retard. 20 secondes plus tard, un petit groupe avec Vincenzo Nibali, Frank Schleck, Wiggins et le diesel Carlos Sastre revenu de l'arrière. Puis, avec environ une minute trente de débours, une nouvelle grappe de battus, comprenant Evans et Armstrong, en dernier étant trainé jusqu'en haut par Andreas Kloeden. On pourra d'ailleurs s'étonner de l'attitude de l'équipe Astana. Alors que Contador venait d'attaquer, ce sont Kloeden et Armstrong en personne qui ont roulé derrière leur coéquipier, au lieu de laisser travailler Evans ou Sastre. Curieux. Mais sans grande importance, à vrai dire. Car Contador n'a besoin de personne. Il est peut-être isolé dans sa propre équipe, mais l'isolement qui est le sien au sommet de la hiérarchie est désormais autrement plus saisissant.
Au classement général, après sept kilomètres de bagarre à peine, le ménage est fait. L'Espagnol trône tout en haut, avec 1'37" d'avance sur son dauphin, Lance Armstrong, lequel a passé son plus mauvais quart d'heure sur la Grande Boucle depuis bien longtemps. Il y a quasiment autant d'écart entre Contador et son plus proche poursuivant qu'entre celui-ci et le 10e du classement. Dans ce paquet, Christophe Le Mével, capitalisant sur son rapproché de la veille, s'est accroché et pointe à une jolie 9e place. Coup de chapeau aussi à Rinaldo Nocentini. L'Italien a certes rendu son tablier jaune, mais il est toujours dans le Top 10 (6e). Parmi les ténors, Andy Schleck (5e) est à 2'26", Carlos Sastre (11e) déjà quasiment à quatre minutes, Cadel Evans (14e) à cinq. Il y a bien Contador et les autres. Bien sûr, le chemin jusqu'à Paris est encore long. Mais il faudrait posséder un sacré esprit de contradiction pour prétendre ce soir que ce Tour 2009 n'a pas été assommé en Suisse.
